vendredi 25 avril 2014

Cesti-UCAD: Les studios et Salles de classe réouverts


Stop à la grève par les autorités
Par Lamine famara Diédhiou

Les élèves journalistes arpentent à nouveau le chemin de l'école, depuis ce matin, après une semaine de grève. Les journalistes en herbe ont décidé de suspendre leur mot d'ordre, jusqu'à nouvel ordre. Ils comptent entériner ainsi des discussions avec les autorités compétentes et de surcroit la direction de l'enseignement supérieur, qui a finalement décidé de les recevoir. Un entretien qui va surement déterminer la suite de leur revendication. 
Les étudiants journalistes, en grève depuis une semaine, réclament le paiement de leur bourse. Ils protestent également  contre ce qu’ils appellent « les réformes discriminatoires » du Ministre Mary Taw Niane.

Grève-CESTI : les élèves journalistes ne lâchent pas prise



Les délégués des étudiants du Cesti
Par Lamine Famara DIEDHIOU
Les élèves journalistes ont encore une fois de plus, décrété 48 heures de grève renouvelable, ce matin, dans les locaux de l’établissement, pour non satisfaction des revendications.
Regroupés dans la case foyer du Cesti, les étudiants se sont félicités du bon déroulement de leur plan d’action de la semaine passée.
Un compte rendu de leur rencontre avec le Directeur des bourses, s’en est suivi. Ce dernier leur a opposé un non catégorique, concernant l’octroie des bourses pour les plus de 30 ans.
Le Directeur indique que le dernier mot revient au ministère et à la direction de l’enseignement supérieur.
Cependant, pour les étudiants nouvellement admis en première année, leurs dossiers semblent être de bonne voie. Et, selon Waly Gueye, délégué des étudiants, ces derniers percevront leur argent, au plus tard, à la fin de ce mois.
Cette décision est  un pas dans le bon sens, mais insuffisant, selon les « grévistes ». Et, pour marquer leur détermination, les journalistes en formation invitent leurs confrères à observer 48 heures de grève, à compter de ce mardi 22 avril.
Une marche de protestation contre ce qu’ils appellent « les réformes discriminatoires du Ministre de l’Enseignement supérieur,  Mary Taw Niane », est prévue le jeudi 24 avril à partir de 8 heures. Des t-shirts et brassards rouges seront portés pour donner du punch à leur désaccord avec le Ministre.
En mouvement d’humeur depuis 6 jours, les futurs journalistes protestent contre la suppression des bourses aux étudiants trentenaires et à ceux qui ont eu à reprendre deux fois  le premier cycle avant le Cesti.

jeudi 17 avril 2014

Cesti-UCAD: "48 heures de grève renouvelable"

Mouvement d'humeur des Cestiniens
Par Lamine Famara DIEDHIOU

Le Cesti a décrété, ce matin, lors d’un point de presse dans ses locaux, un mouvement de grève, de 48 heures. Les étudiants journalistes boycottent les salles de classe, pour exiger le paiement intégral de leurs bourses d’études. Ils se disent déterminés et engagés à aller jusqu’au bout de leur revendication. « Nous n’excluons pas d’entamer une grève de la faim, si les choses ne bougent pas », laisse entendre Chimère Junior Lopy, porte parole des étudiants. « Nous utiliserons toutes les voies et moyens pour arriver à nos fins », poursuit –t-il.

Dans leur communiqué de presse, les étudiants précisent que plus du tiers de l’effectif total de l’établissement, n’a pas encore vu la couleur de leur argent. Une chose qu’ils jugent « inacceptable », après 6 mois de patience sans faille. Les « cestiens » avouent avoir épuisé toutes  les voies de recours conventionnelles.

Dans un autre point, les étudiants font savoir, que la réforme entreprise cette année dans l’enseignement supérieur, concernant le retrait des bourses, leur est préjudiciable à plus d’un titre. Selon Waly Gueye, délégué du Cesti, « les étudiants âgés de 30 ans et plus sont les plus grandes victimes de cette mesure ». Mais aussi, sont concernés par cette décision « inopportune, les camarades ayant redoublé deux fois dans un cycle avant de rejoindre le Cesti », affirme-t-il.

Le délégué des élèves journalistes ajoute que  la sourde oreille des autorités étatiques, les a poussés à initier ce mouvement d’humeur. Un mouvement qui n’est pas prêt de connaitre son épilogue, si lesdites autorités n’infléchissent pas leur position.


mercredi 16 avril 2014

Transport: bac de Farafégné : le cadeau empoisonné des voyageurs sénégalais.


Un des ferries servant de liaison des deux rives du fleuve Gambie.
Par Lamine Famara DIEDHIOU
Se rendre à Ziguinchor par la traversée du fleuve Gambie est un véritable parcours du combattant. Le bac de Farafégné, est une aubaine et un fardeau pour les voyageurs. Il permet non seulement d’éviter le grand tour par Tambacounda, mais constitue aussi le pire cauchemar des passagers. Sur place, le temps semble s’arrêter, les heures suspendues. Une attente épouvantable s’en suit, pour les candidats en destination de la Casamance. Les humeurs des gambiens forcent les usagers de cette route de prendre leur mal en patience une fois au bac.
Reportage.

Les vitres sombres du véhicule laissent passer les premiers rayons solaires de 7 heures. A l’intérieur, les rares passagers encore éveillés, s’étirent et se plaignent du long trajet qu’ils viennent d’effectuer. Le bus franchit la frontière gambienne. Devant un stop de police, est écrit : arrêt obligatoire. Des  charrettes surchargées et des véhicules se relaient au point de contrôle des pièces d’identités.

Enfin la voiture emprunte la dernière ligne droite pour le bac. Les crépitements des pneus se mêlent avec  le ronronnement du moteur. Soudain, on aperçoit à l’horizon deux bus devant une barrière en fer.  Le bac de Farafégné se dévoile. Terre gambienne. C’est le passage obligé pour rejoindre la région sud du Sénégal, par la route nationale 4.  « Enfin le ferry» s’exclament les occupants du bus de transport en commun « Air Thionk Essyl ». Un ouf de soulagement qui sonne comme une libération après une nuit de voyage mouvementé. Une nuit marquée par de nombreux arrêts, des pannes du moteur et  des tracasseries des gendarmes.

Frappé d’une banderole blanche, au devant d’où est écrite « caravane des 48 heures des étudiants de Niankitte 3ème édition », Air Thionk Essyl, à l’allure de véhicule neuf, a très vite déçu ses admirateurs. Ses innombrables pannes techniques sur la route ont eu raison de son imposante carcasse de ferraille grise.
Cependant, l’arrivée inespérée au bac de Farafégné après 12 heures de trajet périlleux, fait oublier la longue nuit de voyage. Le freinage brusque devant le dernier bus à la ligne d’embarcation s’accompagne d’un tonnerre d’applaudissement du chauffeur, pour s’être bien positionné pour la traversée. Les visages se décrispent au même moment dans le véhicule.

A l’extérieur, au côté droit, un cantonnement militaire gambien est déjà aux aguets. Les hommes en tunique verte et noire, arme à la main, contrôlent les voitures prêtent à embarquer sur le bac. Ils font régner ainsi l’ordre avec les agents du ferry, au milieu des premiers  voyageurs, agités.

De l’autre coté, en face des militaires, clients et vendeurs, marchandent par ci le prix d’un tissu wax, par là les paquets de thé et de sucre. L’odeur des poulets rôtis, des frittes et omelettes, rappelle aux affamés du matin le devoir de passer au petit déjeuner. Le tout dans une ambiance de cris des techniciens du ferry et des discussions de voyageurs.

La sirène du bac de 8 heures, vient interrompre l’atmosphère de ce petit marché du dimanche. Elle ramène les passagers à la réalité de « Balinghore ». Une réalité marquée par le début d’une attente interminable, avant la traversée. Cette attente insupportable, semble éternelle pour les voyageurs, pourtant pressés de retrouver leurs siens en Casamance.

L’angoisse de l’attente

Une heure plus tard, le pire se confirme. Il faudra attendre plusieurs heures. Pourquoi ? Une marrée basse est annoncée. Sur les deux ferries en service ce matin, un est mis au repos sur le coup. « Et pourtant c’est celui capable transporter les véhicules lourds, comme notre bus » déclare Sadibou Diédhiou, trentenaire à la mine abattue. « Quelle est la solution ? », se demande Mouhamed Badji, un novice dans ces lieux. « Attendre », rétorqua l’apprenti chauffeur, au volant du véhicule, délaissé par son patron juste après l’arrivée au bac. Sur ces mots, les visages illuminés, il y a quelques heures, redeviennent graves et crispés.

L’attente est longue. Les Gambiens dictent leur loi. Ils font la pluie et le beau temps, au détriment, de ces transitaires d’une journée. Ils prennent un malin plaisir de faire tournoyer les chauffeurs à forte personnalité. Et tant pis. Que ceux qui sont attachés à certaines valeurs de probité et de transparence, aillent se plaindre ailleurs. Car les plus offrants des automobilistes passent en premier. Ici, les lois de l’arithmétique sont bousculées. Si bien que le premier dans le rang peut être rétrogradé et être le dernier à effectuer la traversée, s’il ne fait pas parler le pouvoir de l’argent. Ceux qui respectent les règles n’ont qu’à attendre tranquillement leur tour.

Assis sur des rochers au bord du fleuve, les pieds dans l’eau, un groupe d’étudiants discutent tranquillement : « Ça ne finira jamais. C’est toujours les mêmes histoires ici, depuis des décennies. Rien que ce bout de fleuve, on va passer la journée ici… Pourquoi ils ne nous respectent pas ces gambiens… ? ». Abasse Sané, étudiant en banque finance, rétorque de loin en rejoignant le groupe : «Il faut que l’Etat du Sénégal enrôle sa responsabilité pour désenclaver notre région». En effet, les étudiants se rendent à Niankitte, leur village natal pour leurs 48 heures; une manifestation socioculturelle et éducative. Et, à 24 heures de cet événement, « les préparatifs vont bon train », fait savoir Moustapha Sané, étudiant en géographie et président des étudiants. Ce dernier, le téléphone collé à l’oreille, même en territoire gambien, reste toujours en communication avec le comité d’organisation au village. Les propos du président redonne du courage à certains membres du groupe, assis éparpillés dans le véhicule, se plaignant de l’insupportable chaleur qui y règne.

La délivrance

Les minutes s’écoulent. Les heures passent.15 heures à l’horloge. La situation météorologique revient à la normale. Une marrée haute. L’eau commence à déborder, obligeant les passagers, qui avaient trouvé refuge sur les rochers de remonter à la surface. Un, deux, trois coups de sirène, et le grand ferry reprend du service. Des épaisses couches de fumées noires s’y échappent, témoignant ainsi la vétusté de ses moteurs.

L’endroit devient plus animé. Malgré la chaleur intenable qui y règne, l’activité commerciale ne s’est pas arrêtée. Des sachets d’eau distillée et des canettes de boissons se vendent comme des petits pains.

Cependant, les vas et vient de ces vendeurs cachent mal la nouvelle réalité économique de ‘‘Baleinghor’’. Oumar Bah commerçant gambien s’explique : « Ici, une boutique sur deux est fermée à cause de la grève des transporteurs et chauffeurs sénégalais. Nos affaires ne marchent plus comme d’habitude et le manque à gagner est énorme ». Depuis près de 4 mois, un bras de fer existe entre transporteurs sénégalais et autorités gambiennes. La source : un désaccord sur la monnaie de paiement des droits de traversée du fleuve Gambie par le ferry de Baleinghor. Une situation qui a fini par faire que des malheureux.

Dans les eaux, le grand ferry a mis environ 30 minutes pour s’installer et entamer son chargement. Camions, taxi brousses, et particuliers embarquent en premier lieu, suivi du bus des étudiants. Au bout d’une demi-heure, il se retrouve à l’autre bout du fleuve. A peine l’encre jeté, les passagers de « Air Thionk Essyl », remercie le Bon Dieu, les mains droits au ciel comme s’ils exhibaient un trophée.

Le temps que le chauffeur principal reprend le volant, l’ambiance festive refait surface à l’intérieur du véhicule. Les chants folkloriques des passagers accompagnent, le ronronnement du moteur du bus, qui quitte à toute allure le bac à la direction de l’autre frontière sénégalo-gambienne : Sénoba en territoire sénégalais. Derrière, un nuage de poussière se dresse, enveloppant les prochains clients du ferry, sous le soleil accablant de 16 heures. 

mardi 15 avril 2014

Concours Cesti 2014: la première phase lancée.



 Par Lamine Famara Diédhiou
Début du marathon du concours d'entrée au Cesti 2014
Démarrage de la présélection du concours d’entrée au Cesti pour la session 2014, ce samedi 12 avril, à l’amphithéâtre de l’UCAD II. Parmi les candidats en lice, 941 au total, ont répondu présent. Un effectif assez faible, par rapport à l’édition précédente.
   L’année dernière plus de mille candidatures étaient enregistrées. Et sur les 941 candidats au concours de cette année, 206 ont postulé pour le niveau licence et 735 pour le niveau bac.
L’épreuve, d’une durée de 2 heures s’est déroulée dans une sérénité totale. "Aucun manquement n’est noté dans le déroulement de l’examen" selon les surveillants. « On n’a pas décelé des cas de fraudes », précisent –t-ils. « Ce qu’il faut noter cependant, c’est peut être des cas de retardataires », concluent-t-ils.
Le Directeur des études par intérim, le Docteur Mamadou Ndiaye abonde dans le même sens. Il s'est réjouit de la bonne tenue des épreuves et surtout du comportement exemplaire des concourants. Il précise cependant, que son école ne dérogera pas à sa philosophie et compte préserver le "Label Cesti"."Nous avons des certifications et une école de formation en journalisme ne peut pas faire dans la massification; nous prendrons les meilleurs Sénégalais et les meilleurs de la sous région qui concourent", souligne M. Ndiaye. Ce message sonne comme une réponse au Ministre de l'Enseignement supérieur Mary Taw Niane, qui avait souhaitait, lors de la cérémonie de remise des diplômes de la promotion sortante, que le Cesti revoit en hausse son taux de recrutement.
   Du coté des postulants, l’épreuve de la présélection semble être à la hauteur de leur capacité. "Les questions étaient à notre portée. Elles sont bien libellées, claires et concises", affirme Ibrahima Bâ, candidat niveau licence. Et, Fatou Diédhiou de continuer " les questions étaient directes, mais dès fois elles prêtent à confusion. Et, il faut beaucoup réfléchir pour ne pas s'embrouiller les idées".
   Prudence est donc du coté des candidats qui préfèrent modérer leurs avis. Cependant, Rama Diouf, candidate niveau bac, montre son optimisme : « Je crois en mes chances. Je m’attendais à ces genres de questions », précise-t-elle.
   Ainsi lancé, le concours se poursuivra jusqu’au mois de mai. La présélection est en effet la première étape de ce marathon. Elle a le mérite de réduire sensiblement le nombre des aspirants au Cesti, par une sélection des meilleurs candidats avant le deuxième tour.  Ensuite s’en suivra, le deuxième tour avec 5 épreuves à la clé dont un entretien avec le jury au dernier jour.
  En attendant, les futurs journalistes se contenterons de croiser les doigts et prier le ciel, afin être retenus, au terme de ce concours jugé très sélectif.

mercredi 26 mars 2014

Audio: Interview sur la mendicité avec Oustaze Ibrahima Sidibé.

Mars 2013, mars 2014, cela fait déjà un an qu’on assistait à la mort tragique de neuf enfants mendiants à la Médina de Dakar. Leur mort était provoquée par un incendie d’une rare violence. Jusqu’à présent l’Etat tarde à éradiquer la mendicité des enfants au Sénégal. Nous sommes allé à la rencontre d’un maitre coranique qui s’est prononcé sur la mendicité au Sénégal.

Société: Interview sur la mendicité avec OUTAZE IBRAHIMA SIDIBE, MAITRE CORANIQUE

La mendicité, un vrai problème de société.
Par Lamine Famara DIEDHIOU
Bien situé au cœur du quartier Hlm Fass, près de la grande mosquée, depuis 1987, l’école arabe El Haji Mansour Sy, se singularise par son mode d’enseignement coranique, d’après Oustaze Ibrahima Sidibé. Ce dernier, rencontré récemment, a  expliqué la méthode d’enseignement qu’il dispense. Mais, il s’est surtout prononcé sur la mendicité au Sénégal, ses causes et a  décliné des alternatives pour éradiquer ce fléau.
Interview


Cela fait 27 ans que vous vous êtes installé dans ce lieu en tant que Maitre coranique. Pouvez-vous nous faire le bilan de votre présence à l’école El Hadji Mansour Sy ?

  Effectivement, depuis l’année 1987, je suis responsable de l’enseignement coranique des jeunes, filles comme garçons. Ici, je leur enseigne les fondements de notre religion, qui est l’Islam. Car, un musulman doit impérativement se cultiver. Même s’il choisit de faire des études en français, il ne doit en aucun cas délaissé l’apprentissage du Saint Coran. Depuis que j’ai hérité ce « daaras », j’ai toujours usé de mon influence pour pousser les parents du quartier, d’inscrire massivement leurs enfants. J’ai reçu un enseignement coranique. On m’a inculqué un savoir, alors j’ai le devoir et l’obligation de faire partager ce savoir avec n’importe quel musulman, enfant comme adulte. Et je rends grâce à Dieu, parce que mes appels ont été entendus. Je peux vous dire que j’ai vu beaucoup de générations passées ici avec une maitrise parfaite du Coran. Mes élèves m’ont fait honneur à maintes reprises, en remportant le concours du récital des versets du Coran. Aujourd’hui je peux être fier des fruits de mes efforts. Car comme vous pouvez le constater vous-mêmes des filles de trois ans vous récitent des passages du Saint Coran tout comme les élèves qui  sont là, depuis longtemps. C’est vrai qu’il n’est pas toujours facile de gérer des petits enfants, et surtout sans moyens. Mais on essaie d’en faire avec.

Qu’est ce qui singularise votre mode d’enseignement, par rapport à celui des autres écoles arabes de la localité ?

  Le mode d’enseignement que j’ai instauré ici, est un peu comme le système de l’école française. Les élèves ont cours du lundi au dimanche, de 8 heures à 13 heures, le matin. Et le soir, c’est de 15 heures à 19 heures. Puis, après la prière de « timis », on enchaine jusqu’à 22 heures. Cependant le vendredi est un jour de repos à cause de la grande prière. L’emploi du temps est en fonction des niveaux d’instructions des différents élèves. Les enfants de la première année sont encadrées par les élèves les plus anciens. De ce fait chaque ancien est en quelque sorte le « maitre coranique » d’un nouveau venu. Ici, les enfants sont bien encadrés. D’ailleurs nous organisons des visites des parents toutes les deux semaines. C’est un prétexte pour permettre aux parents de juger le niveau d’apprentissage de leurs enfants. La mendicité sous toutes ses formes est interdite dans notre école. C’est une des raisons, qui font qu’il n’y a presque pas de temps libre pour nos apprenants. Ainsi, ils n’auront pas le temps de trainer dans la rue.


Justement, vous parlez de la mendicité. Comment est ce que vous appréhendez ce phénomène au Sénégal ?

   C’est un phénomène qui existe chez nous depuis très longtemps certes. Mais il a pris de l’ampleur actuellement. Et c’est vraiment dommage. Car, la plus part des gens qui s’adonnent à ces pratiques, méconnaissent l’Islam. Notre Prophète (PSL) nous a enseigné que seuls les nécessiteux   sont habilités à demander de l’aumône. Mais aujourd’hui, nous constatons que, pratiquement sur toutes les rues de la capitale ou devant  les portes de mosquées, les « talibés » sont stationnés tendant la main. Et la majorité des sénégalais ne font pas le distinguo entre ces mômes dans la rue et les petits qui sont dans  des écoles arabes comme la mienne. Ils nous assimilent de marabouts sans foi, parce qu’il y a de ces maitres coraniques qui incitent leurs élèves à la mendicité. Mais comme je vous l’ai indiqué, dans mon école, il est formellement interdit de mendier. L’élève qui s’aventurerait sur ce chemin sera sévèrement puni. D’ailleurs je ne comprends pas comment un enfant peut il acquérir une connaissance, s’il est constamment dans la rue. Je vous affirme, que je n’ai jamais poussé mes apprenants dans ce sens. D’ailleurs, ça serait un manque de respect envers les parents qui ont accepté de me confier leurs progénitures.

Vous dites que la mendicité des « talibés » a pris de l’ampleur dans notre pays. Selon vous qu’est ce qui explique cela ?
  Les raisons peuvent être multiples. La pauvreté des ménages fait partie des principales causes. La conjoncture économique ou encore la cherté du loyer sont aussi des facteurs déterminants. Mais cela ne doit pas être un prétexte pour exploiter les enfants. Un père de famille responsable ne voudra jamais que son fils de 6 ans ère dans les rues pour lui payer son loyer. Et Il faut savoir que les « talibés » sont des enfants qui sont envoyés à l’enseignant, par leurs parents pour qu'il leur inculque les Versets coraniques. Et, souvent au Sénégal, ces enfants que l'on voit dans les rues sont issus soit de la sous région, soit dans  des localités pauvres où leurs parents ne peuvent les assumer. Ainsi, ces mômes, sous le toit d’un maitre coranique sans scrupule deviennent très vite vulnérables. Et bien entendu, c’est sur ordre de ce dernier, qu’ils vont parcourir les rues de Dakar pour apporter des sous à la maison. L’absence de supervision des « daaras » fait que le sort des enfants dépend entièrement du marabout qui l’encadre. Certains possèdent même plusieurs « daaras » et s’enrichissent sur le dos des enfants, tout en cachant la vérité aux parents.

Quelles recommandations faites-vous, pour éradiquer ce phénomène de mendicité des enfants ?

   Il y a plusieurs alternatives pour faire sortir les enfants des rues. D’abord, il faudrait la création de « bon daaras » par les autorités religieuses et les confréries, en accord avec l’Etat et la société civile. De telles infrastructures vont permettre  aux parents des  « talibés » de remettre leurs enfants à un « bon marabout ». On pourrait ainsi cartographier les daaras et s’assurer que ceux possédant le label « bons daaras » soient encouragés et que les enfants y bénéficient de meilleures conditions de vie et d’une formation professionnelle.

   D’autre part, il faudrait supporter les daaras ruraux, en les aidant à mettre en place des activités génératrices de revenus, afin de limiter l’exode rural des populations jeunes, qui sont censées constituer la force du secteur agricole très peu motorisé du Sénégal. Quelle société peut se dire moderne si elle ne prend même pas soin de ses enfants ?

lundi 17 mars 2014

Diamé : l’homme au parcours atypique

Mamadoou "Pape" Diamé dans une pirogue à Foundiougne
Par. Lamine Famara DIEDHIOU

Des rues poussiéreuses de Foundiougne aux grandes artères bien entretenues de Tanger,  Mamadou « Pape » Diamé est resté toujours lui-même. Fidèle à ses convictions, il reste  un homme ambitieux.

Portrait.

   
    Ce soir, Mamadou Diamé n’a pas touché de papiers ou répondu au téléphone. Il a tout simplement fermé son petit bureau et a fait le tour de quelques chambres de ses clients fidèles, sur les 36 que compte le complexe Magic Land, son hôtel trois étoiles, situé à la corniche ouest de Dakar.  Un petit mot au réceptionniste, un coup d’œil sur le registre des arrivées et il tourne le dos à son lieu de travail pour cet après midi.
            
    Délaissant son grand costume aux couleurs sombres pour un jean bleu assorti d’un t-shirt blanc, le gaillard de 28 ans s’apprête à aller diner avec un ami dans sa gargote favorite de la Gueule Tapée, près du canal 4. Ce mini restaurant lui satisfait à merveille, surtout à ses jours de repos. Car,  à défaut d’y avoir une bonne soupe de viande fait maison, Paco, comme l’appelle affectueusement ses intimes, se contente de frittes, omelettes et viande grillée, que lui propose le malien propriétaire de la gargote.  Des mets qu’il raffole autant que le couscous marocain.  
           
     Emploi du temps flexible, bon salaire, l’adjoint manager de l’hôtel Magic Land, n’a plus la vie dure des années de formation en tourisme au Maroc. Depuis son retour au Sénégal, il est passé au Campement Touriste Baobab/Terre de Foundiougne, une propriété de son papa, avant d’être embauché par le patron de Magic Land. Là, le jeune hôtelier jouit d’une bonne admiration, d’où le signe d’une intégration réussie. "Cela prouve qu'on peut réussir ici avec une formation étrangère !", lance-t-il. Son poste lui confère un certain prestige, voire un privilège. Voyages, séminaires, formations…tout se chamboulent dans son petit carnet de notes.

Les débuts
            
    Né un 05 juillet 1986 à Foundiougne et quatrième d’une fratrie de sept, Mamadou Diamé a grandit entre les rues et les eaux du fleuve de Foundiougne, comme tous les gamins de son époque. C’est à partir de là, qu’il a fait ses premiers pas à l’école primaire Saint- Kisito puis au collège d’enseignement moyen Diène Coumba N’diaye. Des classes qu’il va vite survoler de par son intelligence.   
            
   Très bon élève, il quitte le cocon familial à l'âge de 18 ans, après son obtention du baccalauréat au lycée El Hadj Mamadou Diouf de Foundiougne et rejoint le Royaume du Maroc pour des études en tourisme et hôtellerie. Et pourtant boursier de l’Etat du Sénégal, mais à son arrivée, l'adaptation est compliquée par la fraîcheur d’octobre et l'aigreur d’une fin d’été des marocains. Tiré du lit à cinq heures du matin, il ne s'habitue ni à l'odeur du thé à la menthe marocaine du matin ni au rythme imposé par la nouvelle formation. Pourtant, il supporte quatre années de rude formation pour acquérir le savoir-faire des hôtels. Parfois découragé, il se réconforte grâce au coup de téléphone de sa famille, et aussi à la présence de ses amis sénégalais, avec qui il partage la même école de formation. "Il faut te surpasser et montre à quel point tu peux réussir avec une bonne éducation!" lui  recommande papa et maman. « On a toujours été la fierté de notre  papa », avoue le jeune cadre en  hôtellerie au visage émotif.

 Le retour au pays
            
   Très vite après avoir obtenu son diplôme en tourisme et hôtellerie au prestigieux Institut International de Tourisme de Tanger, le jeune hôtelier plie ses bagages et  rentre au Sénégal. Sur place, il ajoute une corde à son arc et  intègre  la concession hôtelière familiale. De là, il capitalise au bout de deux ans  une forte expérience dans l’administration et la gestion des hôtels de deux, trois voire quatre étoiles.
            
   Un beau jour, alors qu’il faisait travailler ses gros muscles à la plage de son petit hôtel, le téléphone sonna. Au bout du fil, une voix « charmante » d’une fille, lance-t-il, le sourire aux lèvres. Cette dernière, lui fait part d’une offre d’emploi du Complexe Magic Land de Dakar, qui cherche un Manager adjoint pour son hôtel. Et c’est ainsi que l’ancien étudiant du Maroc, intègre le personnel de l’hôtel Magic Land du Sénégal. Comme quoi la réussite est au bout de la patience.
            
    Célibataire, aucun enfant à sa charge, l’adjoint manager a cependant la tête sur les épaules. Sa philosophie : la famille et les amis. D’ailleurs, à la fin de chaque mois, il envoi de l’argent à ses frères de Foundiougne, avec qui il partage une grande complicité. Aussi, il n’hésite pas de répondre favorable aux nombreuses sollicitations de ses proches.
            
   Avec sa gentillesse légendaire et sa grande taille, d’un mètre quatre vingt Quatre, « il est difficile d’imaginer que le natif de Foundiougne sait parfaitement manier le ballon orange à la Michel Jordan », déclare Omar Diédhiou, son promotionnaire de Tanger. « Grâce à lui l’équipe « Isitienne » de basketball de Tanger a gagné de nombreuses compétitions », confirme Abdoulaye Dème, son autre promotionnaire du Maroc.
   Intolérant à l’injustice et allergique à la mauvaise foi, il a mis toute sa vie au service de ses convictions. Employé du Magic Land hôtel certes, mais il n’a jamais été « l’employé » de quelqu’un, comme l’atteste l’ensemble des travailleurs de l’hôtel, qui lui reconnaisse un franc parlé. Et ce, même devant le Directeur du Complexe hôtelier.
    En bon sérère, Mamadou Diamé est très attaché à sa culture ; même s’il avoue être amoureux de la musique rap et reggae. L’évocation de ses deux grands parents décédés, le laisse indifférent. Car dit-il, ils ont vécu pleinement. Et dès fois, pour donner sens à son existence, il se remémore de leur vivant.
     Aujourd’hui, il ne cesse de dire combien il est heureux dans son poste actuel. Mais, il estime avoir effectué le chemin à moitié. Et son plus grand souhait est qu’un jour de pouvoir monter sa propre affaire tout comme son père l’a déjà fait.

vendredi 7 mars 2014

UCAD : L’IDHP, 30 ANS DANS L’OMBRE.

Par Lamine Famara DIEDHIOU
Incroyable, mais vrai. L’Institut des droits de l’homme et de la paix (IDHP), logée à la faculté des sciences juridiques et politiques, est le parent pauvre des Instituts et écoles professionnels, rattachés à l’Université Cheikh Anta DIOP de Dakar (UCAD). Du moins, c’est l’avis du professeur Samba Thiam, enseignant-chercheur et directeur de l’IDHP. Ce dernier s’exprimait mercredi 5 mars, à la faculté de Droit, en marge du colloque international marquant les 30 ans de l’IDHP, et portant sur « Histoire et Perspectives des Droits de l’Homme en Afrique », prévu pour ce 14 et 15 mars 2014 à la salle vidéo conférence de l’UCAD II.

Devant de nombreux doctorants, le professeur THIAM, a affirmé que son institut est méconnu des étudiants  à l’intérieur comme à l’extérieur de l’UCAD. « Il n’y a ni enseigne, ni plaque mentionnant l’IDHP dans les allées de l’université. Et jusqu’à un passé récent, l’Institut des droits de l’Homme et de la paix ne figurait pas dans le site officiel de l’UCAD », déclare-t-il. 
Pourtant, selon toujours le professeur, le Sénégal a joué un rôle déterminant dans la mise sur pied de la Commission africaine des Droits de l’Homme et des Peuples, en 1981, dont le siège est à Banjul (Gambie). C’est sur cette lancée d’ailleurs, qu’en 1983, le président Abdou Diouf a « implanté » l’IDHP à l’université de Dakar. « Une vocation continentale » lui a été assigné afin de pouvoir contribuer à la promotion et à la protection des droits fondamentaux de la personne, ainsi que la promotion d'une culture de paix.
Aujourd’hui, plus de 30 ans après, l’Institut peine à avoir « un rayonnement national », déplore son Directeur.
En plus de disposer d’un budget de fonctionnement très « faible », par rapport à celui de ses  « frères » de l’UCAD, l’IDHP n’a jamais « eu une vue institutionnelle », poursuit-il. Il n’a «jamais recruté de chercheurs, ni d’assistants chercheurs et ne dispose pas de laboratoires de recherches pour ses étudiants chercheurs. Il n’a connu, jusqu’ici, que des directeurs et des directeurs des études de renoms pourtant, comme le Professeur Amsatou Sow SIDIBE », se justifie le professeur Samba THIAM.
Par ailleurs, il a relevé que le gouvernement d’Abdou Diouf de l’époque et l’Unesco, au moment de l’institution de l’IDHP, s’étaient engagés à l’aider à réaliser ses missions. Chose qui tarde à se réaliser. Ainsi, ce colloque devra servir d’occasion pour rappeler l’Etat du Sénégal au respect de ses engagements, en commençant par la construction d’un local pour l’Institut.

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